” Quelle ardeur de vie dans vos deux lettres! Vous me faites presque peur, la peur qu’on a devant une belle auto lancée à pleine vitesse en imaginant un instant ce qui arriverait si le moindre boulon venait à lâcher. Je comprends bien cette joie totale d’exister, bien que je ne l’éprouve jamais que passagèrement; très vite je vois le but de cette course, cela n’enlève pas pour moi leur prix aux choses, cela m’empêche de m’y abandonner complètement : que sert à l’homme de gagner l’univers ?… C’est toujours cela qui revient. Mais ne croyez pas que je veuille maintenant diminuer votre bonheur, j’y prends au contraire une part si grande qu’après avoir lu votre lettre je suis prise, moi aussi, par la douceur de la vie, même par un certain désir d’être plus activement heureuse que je ne suis, de donner, de recevoir, d’agir, d’aimer, de vivre.”